Publié par : jean-pascal | mars 19, 2011

BILAN 2010

PÊCHE DU BAR AUX LEURRES SUR LE LITTORAL BRETON
BILAN DE LA SAISON 2010 – SECTEUR D’ERQUY/CAP FREHEL

Si, sur l’ensemble de la saison, le nombre et la taille des poissons pris sont restés sensiblement les mêmes que l’an passé, les  conditions de pêche et le comportement des bars ont été bien différents cette année.
Après un hiver rigoureux, avec une eau encore froide, la saison à vraiment débutée mi-avril par la prise d’un «lunker» de 78 cm, une inauguration en fanfare!!!
Avril est resté irrégulier et il fallait encore éviter les vents froids d’est et de nord pour avoir du poisson à la côte mais de jolies prises étaient possibles lors des fenêtres favorables. A noter que les poissons pris étaient déjà bien gras pour la saison, la raison en étant sans doute la quantité phénoménale de lançons présents cette année.
L’eau froide nous a aussi permis de toucher quelques jolis Lieus (jusqu’à 1kg5 env) du bord sur des secteurs plus profonds où l’on pouvait  prospecter au shad, à la cuillère (casting jig) ou avec des longbills.
A partir de Mai, avec le réchauffement de l’eau, l’activité s’est intensifiée à la côte avec l’arrivée des maquereaux en grand nombre.
Les bars aussi étaient bien actifs et j’ai fait de belles pêches avec des poissons d’une taille moyenne de 55 cm et souvent des 60+.
Comme souvent en début de saison, l’eau sur le secteur d’Erquy est cristalline et le maitre mot en pêche du bord est DISCRETION.
Long bas de ligne ou corps de ligne en fluoro sont les bienvenus et je ne saurais trop insister sur la nécessité de se cacher le plus possible en se tenant en retrait du bord et/ou baissé.
Combien de pêcheurs fièrement plantés en haut du rocher dans leur ciré jaune canari, s’étonnent de ne rien prendre?
Paradoxalement, il semblerait que les pêcheurs en bateaux aient été plus à la peine pour toucher du bar en ce début de saison et les poissons qu’ils prenaient étaient souvent plus petits que ceux que je touchais à la côte.
A cette période la proie principale des poissons chasseurs est le lançon, il faut donc les chercher sur les spots qui concentre ce poisson fourrage (en n’oubliant surtout pas les plages que les pêcheurs aux leurres négligent trop souvent).
L’abondance de Lançons cette année a-t-elle rendue les bars moins réceptifs aux leurres souples principalement utilisés par les pêcheurs en bateaux ou bien les carnassiers étaient-ils plus actifs à la côte car il était plus facile pour eux de chasser dans peu d’eau?
Il est bien difficile d’émettre autre chose que des hypothèses.
Toujours est-il qu’il semble être des circonstances où la pêche du bord se révèle plus performante en termes de résultats que la pêche embarquée. J’ai ainsi eu l’occasion au cours du mois de Mai de faire jusqu’à 13 poissons (tous entre 50 et 65 cm) en une sortie du bord, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps.
Quand les bars n’étaient pas là, ou en attendant qu’ils arrivent, il y avait toujours moyen de s’amuser avec les maquereaux, présents en abondance, qui sont de valeureux combattants pour leur taille, très amusant à pêcher avec de petits leurres ou petits jigs sur matériel léger et sensible. Ils sont les partenaires idéaux pour faire découvrir cette pêche aux enfants. Bien entendu leur facilité de capture nous oblige à mesurer notre prélèvement et à remettre à l’eau (avec les mêmes égards qu’un bar) tous ceux qui peuvent l’être.
Les mêmes conditions se sont prolongées durant le mois de Juin avec, le réchauffement aidant, quelques belles sorties aux leurres de surface.
Les grosses chaleurs de début Juillet ont marqué un arrêt net de l’activité des poissons et le début d’une période estivale catastrophique en terme de pêche.
L’été n’a jamais eu la réputation d’une période faste pour la pêche du bar, la température élevée, une eau moins oxygénée, la luminosité souvent importante et surtout, pour nous pêcheurs du bord, l’activité nautique importante, rendent les poissons apathiques ou méfiants.
Il y a cependant, en général, moyen de faire des pêches correctes le matin très tôt ou à la tombée de la nuit.
C’est aussi la période où je suis le plus sollicité comme guide de  pêche.

En tant que guide je privilégie le plus souvent le soir pour des raisons de cohérence pédagogique car j’ai ainsi le temps, avant les moments les plus favorables (à la tombée du jour), d’affiner les aspects techniques avec les stagiaires. Le matin le temps de pêche favorable est très court, il faut être prêt à pêcher tout de suite, souvent dans la pénombre, ce qui rend les choses plus compliquées pour l’enseignement d’une technique et réserve ce moment du jour à
des pêcheurs déjà expérimentés. Il en va de même, à plus forte raison, pour la pêche  de nuit qui nécessite de savoir bien lancer et contrôler son leurre puisque l’on pratique en aveugle, aux sensations, sans parler des risques à se mouvoir dans les rochers dans le noir.
Déjà l’an passé la période estivale avait été plus difficile encore que d’habitude mais il était encore possible, en cas de disette, de sauver la partie en s’amusant avec les maquereaux où les chinchards.
Cette année même ces derniers n’étaient pas au rendez-vous et les bars eux, avaient complètement disparus, je n’ai jamais connu un tel désert sur mon secteur. Ce constat rejoint celui de nombreux autres pêcheurs et guides sur quasiment tout le littoral Breton (voir le bilan des guides dans le «Pêche en Mer» de Déc).
L’ effondrement de la ressource lié aux massacres effectués sur les frayères par les professionnels, mais aussi aux prélèvements excessifs de certains pêcheurs «de loisir» (qui ont une interprétation très large de la notion de consommation familiale) n’est certainement pas étranger à cet état de fait et il serait temps que des mesures sérieuses soient prises (comme en Irlande et aux USA) pour enrayer  cette catastrophe annoncée.
Il est probable cependant que des conditions météo particulières aient joué sur le comportement des poissons. Je ne me risquerais pas (n’en ayant pas les compétences) à avancer des hypothèses mais certains phénomènes inhabituels (par exemple la présence de Bonites en baie de Douarnenez cet été ou l’abondance de Cabillauds en baie de St Brieuc cet hiver) semblent aller dans ce sens. S’agit-il d’un phénomène passager ou cela se répètera-t-il dans le futur? C’est une autre inquiétude. Il devient difficile en effet d’exercer notre activité de guide si le poisson disparaît.

Mêmes les nombreux passages dépressionnaires n’ apportaient pas de regain majeur d’activité et hormis quelques rares journée en Aout où des pêches correctes ont été faites, l’été s’est déroulé dans la même désolation et je n’ai jamais été confronté à autant de bredouilles.
Le début de Septembre qui d’habitude marque le retour de l’activité, avec le début des premières chasses à la côte est resté tristement calme cette année et il a fallu attendre la seconde partie du mois pour recommencer à toucher un peu de poissons mais de façon encore très irrégulière. Le sprat était pourtant présent en nombre.
Les choses ont commencé à vraiment bouger début octobre et malgré un temps souvent exécrable (pluie et vent, mer agitée) qui rendait la pêche difficile, voire dangereuse (un pêcheur a disparu début Nov, emporté par la houle sur le secteur de Fréhel) nous avons eu une fin de saison riche en émotions avec beaucoup de très jolis poissons et plusieurs très gros (70+) dont certains, impossibles à brider ont occasionné des casses nettes dans les cailloux.
Nous avons eu affaire à des poissons en pleine forme, très teigneux et qui défendaient chèrement leur peau en livrant des combats  palpitants même sur des poissons moyens. Les conditions de mer (vent, houle ,fortes vague) rendaient l’issue encore plus incertaine sur les gros spécimens, d’autant plus que ceux ci se tenaient en général au ras du bord dans moins d’un mètre d’eau au milieu des têtes de roches. Dans ces circonstances, inutile de tergiverser, une tresse de 20Lb et un bas de ligne de fluoro 40 voire 45/100 sont nécessaires pour bagarrer le poisson sereinement et éviter de le voir partir avec le leurre dans la gueule. C’est aussi la meilleure garantie de pouvoir le relâcher dans les meilleures conditions,ces gros poissons étant tous des femelles déjà grainées à cette saison.
Compte tenu des conditions météo mais aussi des lieux de tenue des poissons il fallait cependant avoir une bonne maîtrise technique de ses leurres pour pouvoir les animer correctement et intéresser les bars. Il valait mieux aussi être suffisamment à l’aise dans les rochers pour s’y mouvoir par gros temps mais le jeu en valait la peine.

Un autre atout de la pêche du bord est de pouvoir sortir lors des dépressions alors que les bateaux sont consignés au mouillage et les bars souvent à la côte. J’insiste cependant sur la prudence nécessaire dans ces conditions, la mer est dangereuse et aucun «lunker» ne vaut de risquer sa vie.
La vague de froid et la neige fin Novembre ont interrompus l’activité pour quelques temps mais j’ai pu refaire deux sorties, lors d’accalmies les 4 et 10 Déc, qui m’ont rapporté chacune un 70+ pour finir l’année en beauté.
Au final une année riche de très bons moments avec des poissons d’une taille moyenne supérieure à l’an passé mais aussi des passages à vide de plus en plus inquiétants pour l’avenir et souvent des conditions de pêche difficiles nécessitant une bonne maitrise technique.

A BIENTÔT SUR LE LITTORAL POUR LA SAISON 2011



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